Cercle Celtique de Rambouill

2 : De l’Exil à la Confiscation du duché

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Un duc en exil, isolé diplomatiquement

Un duc en exil, isolé diplomatiquement

Depuis ses terres de Richemont, Jean IV ne demeure pas inactif. Il écrit, négocie, intrigue. Il sollicite l’appui de son cousin, le comte de Flandre, espérant que celui‑ci intercède auprès du roi de France en sa faveur. Mais les portes de la réconciliation demeurent obstinément closes.

La chevauchée de 1373 : Jean IV espère reprendre son duché

Au terme de ses premières démarches diplomatiques, Jean IV saisit l’opportunité offerte par la campagne du duc de Lancastre, Jean de Gand — troisième fils du roi Édouard III et l’un des plus puissants princes du royaume — pour s’embarquer à ses côtés dans une vaste chevauchée* à travers le royaume de France. Pour le duc exilé, l’enjeu est vital : reprendre pied en Bretagne.

*Chevauchée : expédition militaire rapide et destructrice menée à cheval, visant à ravager les campagnes ennemies, semer la terreur et affaiblir l’adversaire sans affrontement direct.

Le défi irreversible

En parallèle, Jean IV commet un acte irréversible : il retire son hommage au roi de France rompant ainsi les liens de vassalité qui l’unissaient à la couronne. Pourtant ce geste n’entraîne pas de sanction immédiate : Charles V, prudent et calculateur, s’abstient d’intervenir sur le moment. Son silence n’est pas indifférence : il cache un dessein plus vaste.

Trahison et exécutions : la neutralité bretonne brisée

Le duc entre alors dans une confrontation ouverte avec la couronne. Septembre 1373, Bertrand du Guesclin rejoint Philippe de Bourgogne à Troyes, ils harcèlent les Anglais de Jean de Gand et les bretons qui accompagnent Jean IV. Les chroniques rapportent que plusieurs soldats bretons, capturés près de Troyes au cours de la chevauchée, sont exécutés — non pas comme adversaires, mais comme traîtres. Leur engagement aux côtés des Anglais contre le royaume de France est assimilé à un crime de lèse‑majesté. Une limite est franchie : tandis que les Anglais sont rançonnés selon l’usage, les Bretons sont exécutés. En retirant son hommage au roi de France, Jean IV a commis l’irréparable.

La stratégie du vide : une riposte sans bataille

Face à la chevauchée anglaise, Charles V et Bertrand Du Guesclin innovent : plutôt que d’affronter l’ennemi, ils imposent une stratégie d’usure. La population se replie dans les villes fortifiées, emportant vivres et bétail. Les campagnes sont désertées, les villages abandonnés : rien ne doit rester à l’adversaire. Privés de ressources, les envahisseurs s’épuisent sur les routes ; les hommes souffrent de la faim, les chevaux s’effondrent. La chevauchée tourne au calvaire : affamée et décimée, l’armée échoue à Bordeaux. Humiliés, Jean IV et le duc de Lancastre regagnent l’Angleterre, laissant la Bretagne aux mains du pouvoir royal.

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La Bretagne sous tutelle royale

La Bretagne sous tutelle royale

Pendant plus de cinq ans, le duché de Bretagne est administré sans prince, sous la tutelle directe du pouvoir royal. Louis d’Anjou, frère du roi Charles V et gendre de Jeanne de Penthièvre, incarne l’autorité officielle en tant que lieutenant du roi. Mais, résidant à Paris, il laisse en réalité le contrôle du duché à Du Guesclin et à ses alliés — Clisson, Rohan pour la Bretagne bretonnante, et Laval-Vitré — qui assurent le commandement militaire, la fidélisation des seigneurs et la gestion administrative.

Exilé en Angleterre, Jean IV tente de reprendre son duché par deux fois, en 1375 puis en 1377. Ses offensives échouent, confirmant son isolement et la rancune tenace des Bretons à son égard.

Le rêve d’annexion

En décembre 1378, Charles V exploite la situation politique pour affaiblir Jean IV de Bretagne. Le duc, réfugié en Angleterre, est illégalement cité (procédure non respectée) devant le Parlement de Paris pour crime de lèse-majesté. Ne comparaissant pas, il est jugé par contumace. Le 9 décembre, le Parlement ouvre le procès et, le 18 décembre, prononce la confiscation du duché, du titre et de la pairie, intégrant ainsi la Bretagne au domaine royal.

Une fracture territoriale

La décision provoque une onde de choc. La noblesse bretonne se soulève, jusqu’au clan Penthièvre, pourtant pilier de la fidélité à la couronne. En bafouant les droits de Jeanne de Penthièvre, le roi renie le traité de Guérande (1365). L’avocat dépêché à Paris pour défendre sa cause est méprisé. L’injustice est flagrante : la Bretagne ne se révolte pas seulement contre une confiscation, mais contre une trahison. Et cette révolte prend une forme inattendue. 

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