Le retour triomphal de jean IV en son duché
En avril 1379, une ligue bretonne menée par Jeanne de Penthièvre, Jean Ier de Rohan et les sires de Beaumanoir envoie une délégation à Londres pour appeler Jean IV à reprendre le duché. Ce retournement politique révèle l’attachement des Bretons à leur autonomie et leur rejet de l’annexion royale. Le 3 août, Jean IV débarque à Dinard, soutenu par une flotte anglaise et plusieurs nobles bretons, marquant son retour triomphal.
Depuis Pontorson, Du Guesclin a observé sans intervenir, bien qu’il dispose de troupes considérables. Il laisse le duché se rallier à son ancien Duc, d’autant que Jeanne de Penthièvre elle-même accepte ce retour, légitimant ainsi sa décision. Des négociations s’ouvrent entre la France et la Bretagne, une trêve est signée avec la France dès le 14 octobre.
Du Guesclin reprit alors les combats au service du roi de France et mourut de maladie le 13 juillet 1380, lors du siège de Châteauneuf-de-Randon, fidèle jusqu’au bout à ses convictions. Il avait souhaité reposer à Dinan, auprès des siens ; mais sa dépouille fut partagée. Son cœur gagna Dinan, ses entrailles restèrent à Montferrand, et son squelette fut conduit à Saint-Denis, où il repose auprès des rois de France.
Du Guesclin Traître ou Héros ?
Bertrand Du Guesclin est célébré comme l’un des grands héros de la guerre de Cent Ans, connétable de France. Pourtant, en Bretagne, son image divise. Pour les partisans du clan de Montfort, il incarne la trahison : un Breton passé du côté du pouvoir royal, combattant les siens et affaiblissant l’autonomie du duché.
Le choix de 1379
Pourtant, quand Jean IV débarque à Dinard pour reprendre son duché, Du Guesclin refuse d’intervenir malgré l’ordre du roi Charles V. Empêcher Jean IV de régner ne lui aurait pas déplu. Mais spolier les droits de Jeanne de Penthièvre et bafouer le traité de Guérande lui paraissait intolérable. Ce retrait bloque l’annexion du duché par la couronne. Loin d’être une faiblesse, c’est le signe d’un homme qui a osé assumer ses choix.
Une fidélité assumée
Depuis toujours, Du Guesclin soutient Jeanne de Penthièvre. Dès 1357, il sert le dauphin Charles, futur Charles V. En 1364, il est fait prisonnier ; sa rançon, en partie payée par le roi, renforce son attachement à la France. Ses talents le mènent bientôt à la charge de connétable. Mais il reste fidèle à Jeanne : ses contrats prévoyaient qu’à son appel, il quitterait les champs de bataille pour rejoindre sa cause. À ses yeux, Jean de Montfort n’était qu’un usurpateur appuyé par l’Angleterre.
Un homme de son temps
Plutôt que de trancher entre traître et héros, Du Guesclin reflète une époque où l’honneur se jouait dans une mosaïque de serments et d’alliances. Né en Bretagne, fidèle aux Penthièvre, il portait aussi l’héritage normand, donc français, de sa mère. Jusqu’à sa mort en 1380, il incarne cette double fidélité : serviteur du roi de France et défenseur acharné de Jeanne.
L’unité bretonne retrouvée, l’apaisement tant attendu 1380 -1399
Le deuxième traité de Guérande 1381
Le 16 septembre 1380, Charles V meurt à son tour, à l’âge de 42 ans. Sa disparition ouvre une période de normalisation progressive des relations entre la Bretagne et la couronne de France. Avant de mourir, il avait nommé Olivier V de Clisson connétable de France, suite au décès de Du Guesclin, faisant de lui le chef suprême des armées royales. Le rôle de connétable est très important politiquement, et lui donne le droit de conserver le butin de guerre hormis l’or, l’argent et les prisonniers, privilège dont Olivier V de Clisson saura tirer profit. Il accumule alors richesses, terres et influence contrairement à Du Guesclin qui a préféré distribuer les fiefs reçus à ses hommes d’armes et écuyers, préférant fidélité et générosité à l’enrichissement personnel.
Le nouveau roi, Charles VI, n’ayant que onze ans, la régence est confiée à ses oncles : Philippe le Hardi, Jean 1er duc de Berry, et Louis Ier duc d’Anjou, du côté paternel, ainsi que Louis II de Bourbon, favori du roi du côté maternel. Dans ce climat plus apaisé, les régents reconnaissent officiellement Jean IV comme duc légitime de Bretagne. Cette reconnaissance aboutit à la signature du deuxième traité de Guérande, en avril 1381.
Le traité de Guérande de 1381 reprend les grandes lignes de l’accord de 1365 : il établit la neutralité du duché dans le conflit franco-anglais et reconnaît la suzeraineté du roi de France, mais Jean IV ne prête qu’un hommage simple, refusant une dépendance plus étroite. Ce compromis entre l’indépendance bretonne et une fidélité formelle à la couronne consolide une paix encore fragile. En rendant hommage au jeune Charles VI, recouvre le comté de Montfort l’Amaury, que Charles V avait racheté à Bertrand Du Guesclin peu avant sa mort afin de l’intégrer au domaine royal. Ce tournant marque son intégration dans l’ordre politique français : son règne peut véritablement commencer.
En 1393, le roi d’Angleterre Richard II lui retire le comté de Richemont, jugeant Jean IV trop indépendant et trop proche de la France. Le titre est alors attribué à un de ses fils, Arthur de Bretagne, qui gardera le nom de « Richemont » toute sa vie.