Cercle Celtique de Rambouillet

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L'Enfant de Suscinio

Arthur de Richemont : le prince‑guerrier devenu Arthur III de Bretagne (1393‑1458)

Un acteur oublié mais décisif de la guerre de Cent Ans

Le règne de Charles VII évoque trois figures célèbres : Jeanne d’Arc, Agnès Sorel et Jacques Cœur. Leurs destins se croisent, se répondent et participent à la reconstruction du royaume, réveillant un souverain longtemps engourdi par la mélancolie. Au centre de ce réseau d’influences se tient un chevalier austère, loyal, pragmatique : Arthur de Richemont. Prince breton, connétable de France puis duc de Bretagne, il est le bâtisseur de l’armée moderne et l’artisan de la victoire finale sur les Anglais.

Voici l’histoire d’un homme resté dans l’ombre de l’Histoire, sans qui les héros n’auraient été que des martyrs et la victoire, un mirage.

I. L’Enfant de Suscinio (1393-1407)

Né en 1393 au château de Suscinio, Arthur, second fils du duc Jean IV de Bretagne et de Jeanne de Navarre, reçoit de son père les honneurs de Richmond. Ce titre prestigieux, qui est à l’origine de son nom, demeure toutefois purement honorifique : l’apanage d’outre-Manche a été confisqué par la Couronne anglaise à la fin du XIVᵉ siècle.

Le jeune prince passe ses premières années dans le confort de la cour ducale jusqu’à la mort de son père en 1399. Devenue régente, Jeanne de Navarre veille avec soin à son éducation et sollicite un précepteur venu de son propre royaume. Cadet destiné au métier des armes, Arthur est initié dès l’enfance aux arts de la chevalerie, tout en recevant la formation attendue d’un jeune prince de son rang.

À la fin de l’année 1402, le projet de remariage de Jeanne de Navarre avec Henri IV d’Angleterre crée une situation délicate : les barons bretons refusent que ses enfants, encore mineurs, quittent le continent. Un compromis est alors trouvé avant son départ pour l’Angleterre : le duc de Bourgogne, oncle maternel de Jeanne, devient régent et tuteur des enfants. Arthur quitte ainsi la Bretagne avec une partie de sa fratrie et passe sous la garde du duc, tandis que Richard, le benjamin, demeure auprès de sa nourrice à Nantes, et que sa sœur Marie rejoint la famille de son époux. Après un séjour à la cour du duc de Bourgogne, Arthur rejoint en 1404, à la mort de celui‑ci, la maison du duc de Berry, où s’achève son éducation, tandis que Jean V retourne en Bretagne pour y exercer le pouvoir ducal. C’est là qu’Arthur découvre les tensions croissantes entre Armagnacs et Bourguignons et qu’il côtoie le dauphin Louis de Guyenne, également élevé dans cette maison.

Au début des années 1410, devenu adolescent, il s’engage dans les combats aux côtés du parti armagnac, auprès du dauphin.

II. Le Prince sans Terre : d’Azincourt aux geôles anglaises (1414-1422)

En 1414, Arthur de Richemont n’est encore qu’un cadet sans apanage. Dans ce monde de fer, exister signifie posséder. Ses faits d’armes au service du dauphin et son engagement contre les Bourguignons poussent alors Louis de Guyenne à lui accorder la baronnie de Parthenay et les terres voisines, confisquées pour félonie. Un don prestigieux, mais largement théorique : encore faut‑il en déloger par les armes, le seigneur en place, Jean de Parthenay‑Larchevêque.

Quelques mois plus tard, le jeune prince, avec une poignée d’hommes, met le siège devant la forteresse du Poitou. Mais l’Histoire s’accélère. Le 14 août 1415, Henri V d’Angleterre débarque en Normandie.

Depuis 1407, la France est déchirée par la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Profitant de cette division et de l’affaiblissement du royaume, Henri V relance les hostilités de la guerre de Cent Ans.

Face au péril, Arthur n’hésite pas : il lève le siège, abandonne la conquête de son futur fief et rejoint l’ost royal afin de contrer cette attaque.

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Azincourt

Azincourt : Le naufrage de la chevalerie

Le 25 octobre 1415, à Azincourt, l’héroïsme français se brise contre la rigueur tactique anglaise. La veille encore, Arthur écoute, avec la ferveur d’un jeune prince, les récits épiques des chevaliers aguerris, convaincus de la victoire en raison de leur supériorité numérique. Le lendemain, il est en première ligne.

À l’aube, le terrain détrempé par une nuit de pluie se transforme en bourbier, un piège redoutable renforcé par le choix stratégique d’Henri V : un étroit goulet entre deux bois. C’est un carnage. Blessé, Arthur est fait prisonnier. En quelques heures, il perd presque tous ses compagnons d’armes, ses ambitions, sa liberté, et bientôt son protecteur. En décembre, le dauphin Louis de Guyenne meurt prématurément. Son frère cadet, Jean de Touraine, lui succède avant d’être à son tour empoisonné en 1417. Ainsi, Charles, dernier fils survivant, devient le nouveau dauphin. En mai 1418, alors que Paris tombe aux mains des Bourguignons, Charles parvient à s’enfuir et trouve refuge à Bourges, héritée de son oncle, le duc de Berry.

Le traité de Troyes : Un séisme juridique

Pendant qu’Arthur demeure captif, le traité de Troyes est signé le 21 mai 1420. Henri V d’Angleterre y est désigné héritier et régent du royaume, au détriment de Charles. Si le roi appose sa signature, les véritables artisans de l’accord sont la reine Isabeau de Bavière et le duc de Bourgogne, chacun cherchant à consolider son pouvoir. Présenté comme la promesse d’une paix durable, le traité prévoit le mariage d’Henri V avec Catherine de Valois, princesse du royaume, afin de fonder une dynastie unique « franco‑anglaise ». Leur futur héritier sera le roi légitime des deux royaumes.

L’exil anglais et le serment de Londres

À la suite du traité de Troyes, l’Angleterre cherche à s’assurer des alliances stratégiques et transforme Arthur en otage diplomatique. Il est transféré à la Tour de Londres pour servir de moyen de pression sur son frère, le duc Jean V. Ce dernier, ulcéré par son enlèvement par les Penthièvre qu’il impute au Dauphin, finit par rallier le camp anglo-bourguignon en septembre 1420. Ce revirement permet la libération d’Arthur, mais au prix d’un serment d’honneur : ne plus jamais porter les armes contre les intérêts anglais. Lié par sa parole de chevalier, le prince reste dès lors sous la contrainte de la Couronne.

En décembre 1420, lors de l’entrée solennelle d’Henri V à Paris aux côtés de Charles VI, il apparaît comme un témoin silencieux de l’ordre nouveau. Dans cette mise en scène du pouvoir, il sert de faire‑valoir au vainqueur.

Dans une capitale déchirée, le pouvoir anglais semble triompher. La population, épuisée par des années de guerre civile, aspire avant tout à la paix. Henri V apparaît comme un sauveur, tandis que le dauphin, réduit à l’exil, n’incarne pour l’instant que pauvreté, famine et guerre.

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L’Exil Breton

III. 1422-1424 : L’Exil Breton et la Diplomatie des Ducs

1422. La mort d’Henri V délie Arthur de son serment. Quelques mois plus tard, le décès de Charles VI achève de plonger la France dans l’impasse. Le royaume a désormais deux rois : à Rouen, le duc de Bedford assure la régence au nom de son neveu, Henri VI, encore nourrisson. À Bourges, le Dauphin récuse le traité de Troyes et se proclame seul roi légitime sous le nom de Charles VII.

Libre de ses mouvements, Richemont regagne la Bretagne. Alors que le pacte d’Amiens (1423) lie officiellement la Bretagne et la Bourgogne à l’Angleterre, Arthur s’emploie en secret à en neutraliser les effets. Il convainc Philippe le Bon et Jean V qu’une victoire anglaise totale menacerait leur indépendance. Sous son impulsion, les deux ducs concluent un pacte de défense mutuelle, formant un front commun destiné à contenir l’expansion anglaise. Pour sceller cette entente, Arthur devient le lien vivant entre les deux maisons en épousant Marguerite de Bourgogne, veuve du dauphin Louis de Guyenne.

1424. La défaite de Verneuil sonne comme le paroxysme d’un siècle de désastres. C’est le coup de grâce qui achève d’isoler le « petit roi de Bourges ». Alors que le trône vacille et que la lignée des Valois semble condamnée à s’éteindre au profit d’Henri VI, Yolande d’Aragon abat sa dernière carte : elle force le rapprochement avec la Bretagne. Jean V, soucieux de préserver son duché de la tourmente, accepte enfin de négocier. Arthur de Richemont devient alors l’homme du sursaut, l’unique médiateur capable de transformer cette entente diplomatique en une machine de guerre.

IV. La Guerre des Ombres : Richemont contre les Favoris (1425–1428)

7 mars 1425. À Chinon, Richemont reçoit l’épée de Connétable. Chevalier austère, il ne cherche ni les faveurs, ni les honneurs : il veut chasser l’Anglais et protéger l’autonomie bretonne. Mais à la cour, il se heurte aussitôt à Pierre de Giac, le puissant maître des finances, dont la loyauté change au gré de ses intérêts.

En octobre, le vent semble tourner : Jean V se rallie enfin à Charles VII et signe le traité de Saumur. La riposte anglaise est brutale : raids et pillages frappent la frontière. Pour y répondre, une armée franco-bretonne est levée.

Richemont en prend la tête et lance l’offensive en Normandie. Après un premier succès à Pontorson, il marche sur Saint‑James‑de‑Beuvron. Le siège s’installe, la tension monte… puis l’impensable survient.

L’assaut final vire au désastre. Un mouvement de panique inexpliquée foudroie les rangs et la retraite se transforme en débandade. Au milieu du tumulte, Richemont s’interpose pour tenter de rétablir l’ordre, mais il est désarçonné. Pour le nouveau Connétable, l’humiliation est totale.

Conséquences et tensions à la cour

Cet échec fragilise la position du connétable, déjà contesté à la cour. Dans le même temps, une trêve de quelques mois est conclue entre le duché de Bretagne et l’Angleterre pour stabiliser une frontière devenue trop exposée.

Dans ce climat de rivalités, Richemont attribue ses difficultés aux tensions internes et au manque de soutien logistique. Il estime que Pierre de Giac a délibérément saboté l’effort de guerre en bloquant les renforts et le ravitaillement. Pour le Connétable, l’ennemi n’est plus seulement à Londres et à Rouen, il est au cœur même du conseil royal. Cette accusation transforme leur rivalité en une lutte à mort.

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La purge sanglante

La purge sanglante et la rupture politique (1427)

À partir de 1427, les tensions à la cour de Charles VII atteignent un point critique. Pour le contrôle du Conseil, les factions s’affrontent ouvertement. Richemont, convaincu qu’un grand ménage est nécessaire, scelle une alliance de circonstance avec Georges de La Trémoille.

Ensemble, ils purgent le Conseil par la force. Pierre de Giac est enlevé et exécuté, suivi de près par Camus de Beaulieu, abattu par les hommes du Connétable. Ces règlements de comptes laissent la place vacante : Richemont y installe La Trémoille, pensant voir en lui un homme allié loyal et pragmatique, capable de prendre les décisions nécessaires pour redresser le royaume.

Mais en brisant les anciennes factions par le fer, le Connétable n’a fait qu’ouvrir la voie à un prédateur d’une tout autre envergure. Derrière l’ascension de ce personnage cynique, Richemont comprend trop tard qu’il n’a été que l’instrument des ambitions démesurées de La Trémoille. L’allié d’hier devient le nouveau maître du roi, et bientôt, le pire ennemi du Connétable.

La chute et le bannissement (1427-1428)

Fin stratège, La Trémoille renonce à l’affrontement direct pour mener une guerre d’usure. Lorsque Jean V cède en septembre 1427 aux pressions anglaises et rompt une nouvelle fois avec Charles VII, il exploite aussitôt cette défection. Il instille alors le doute dans l’esprit du roi : le connétable, frère du duc félon, peut lui aussi trahir, et les victoires promises tardent toujours. Le soupçon achève de discréditer un Richemont déjà affaibli. En février 1428, il est banni. Retiré dans son fief de Parthenay, qu’il vient tout juste de récupérer après des années de procédures, il assiste impuissant à l’agonie du royaume. En octobre 1428, l’armée anglaise assiège Orléans et verrouille la Loire, dernier rempart avant Bourges. Tout semble perdu, à moins d’un miracle.

V. La Pucelle et le Connétable (1429-1431)

Au printemps 1429, le clan angevin force le destin. Alertée par son fils René, Yolande d’Aragon reconnaît en Jeanne d’Arc une envoyée de Dieu capable de ranimer un royaume à l’agonie. Elle finance l’armée de secours et obtient à Poitiers la caution religieuse qui transforme cette ferveur en force politique.

À la cour, La Trémoille laisse faire : il ne voit en Jeanne qu’une ferveur passagère, un enthousiasme mystique sans portée réelle, qui occupe le roi rêvant à son sacre sans menacer son influence. Mais très vite, le mouvement lui échappe. La puissante maison de Laval se rallie à la Pucelle, et Richemont, malgré son bannissement, lève des troupes en Bretagne et rejoint Jeanne sur la Loire. Le 18 juin 1429, à Patay, la cavalerie du connétable et la fougue de Jeanne écrasent les Anglais et ouvrent la route de Reims.

Pourtant, Richemont reste écarté du sacre. Jeanne, freinée par un roi qui préfère négocier, blessée, échoue devant Paris. Isolée et privée de moyens, elle est capturée en 1430, vendue aux Anglais, puis condamnée pour hérésie afin de délégitimer le sacre de Reims. Elle est brûlée à Rouen le 30 mai 1431. En décembre, tandis qu’Henri VI est sacré à Paris, Richemont constate amèrement que, tant que La Trémoille domine le pouvoir, le sacrifice de Jeanne reste sans effet.

La Nuit de Chinon (3 juin 1433)

À partir de 1433, l’inaction anglaise, paralysée par le manque de financement, offre à Charles VII une occasion inespérée de reprendre l’offensive. Mais La Trémoille, soucieux de ses seuls intérêts, bloque toute opération. Face à ce sabotage, Yolande d’Aragon décide d’agir à nouveau : avec Richemont, elle orchestre un coup d’État aux méthodes expéditives.

Dans la nuit du 3 juin, au château de Chinon, les hommes du connétable, avec l’appui du clan angevin, surprennent La Trémoille et l’enlèvent. Enfermé à Montrésor, le favori déchu ne retrouve la liberté qu’en renonçant à ses créances, en payant une lourde rançon et en acceptant de quitter définitivement la cour.

Yolande convainc alors le roi de s’appuyer sur Richemont. Le connétable reprend pleinement sa charge, place Charles d’Anjou et ses fidèles aux postes clés, et balaie les intrigues. Cette reprise en main marque un tournant : la reconquête du royaume peut enfin commencer.

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Le maître de la reconquête

VI. Le maître de la reconquête (1435-1436)

Le traité d’Arras, signé le 21 septembre 1435, met fin à la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Charles VII y reconnaît le meurtre de Jean sans Peur, geste qui apaise Philippe le Bon. En échange, le duc rompt son alliance avec les Anglais. Cette réconciliation rend au royaume son unité politique et ouvre la voie à la reconquête.

Le 13 avril 1436, Richemont engage des négociations avec les bourgeois de la capitale. Pour s’assurer de leur soutien au moment de l’assaut, il accorde d’emblée une amnistie générale à toute la population qui craint les représailles après des années de collaboration avec les Anglais. Les forces royales pénètrent dans la cité grâce à certains parisiens qui ont ouvert une porte. Paris est alors reprise presque sans effusion de sang : après seize ans d’occupation, le Connétable vient de rendre sa capitale au roi.

VII. Vers une armée permanente

Dans les années qui suivent, la monarchie française se transforme en profondeur. Autour de Charles VII se forme un nouveau cercle d’influence : Jacques Cœur assainit les finances et relance le commerce, tandis qu’Agnès Sorel, la “Dame de Beauté”, tire le roi de sa torpeur et l’encourage dans sa mission de reconquête. Sous cette double impulsion, Richemont entreprend de refondre l’armée.

Le connétable joue un rôle décisif dans les réformes qui aboutissent aux ordonnances de 1445 : pour la première fois, l’armée royale devient une force permanente et organisée. Les compagnies d’ordonnance, soldées grâce à la taille — désormais impôt permanent — constituent le premier corps militaire professionnel d’Europe. Richemont complète ce dispositif en 1448 avec les francs‑archers : inspiré du modèle breton, ce système impose à chaque paroisse d’équiper un roturier en échange d’une exemption fiscale. De la haute noblesse à chaque village, cette organisation rigoureuse s’impose, faisant converger les traditions militaires du royaume avec les méthodes que le connétable avait pratiquées en Bretagne.

VIII. La fin de la guerre

Grâce à cette restructuration et à la discipline imposée aux nouvelles forces royales, les victoires décisives se succèdent. En 1449, l’attaque anglaise contre Fougères provoque un basculement stratégique : le duc François Iᵉʳ, successeur de Jean V et neveu du connétable, engage officiellement la Bretagne aux côtés de Charles VII. Avec son frère Pierre, il rejoint leur oncle en Normandie.

En 1450, François reste à Rouen tandis que Pierre, à la tête d’un bataillon breton, rejoint Arthur de Richemont sur le champ de bataille de Formigny. Aux côtés des troupes françaises, ils portent le coup de grâce à l’armée anglaise. La victoire est totale : les forces d’Henri VI sont écrasées, ouvrant la voie à la reconquête complète de la Normandie.

Trois ans plus tard, en 1453, les canons des frères Bureau pulvérisent les lignes adverses à Castillon, ouvrant la voie à l’assaut final. La cavalerie bretonne, commandée par le maréchal André de Lohéac, enfonce les positions anglaises et emporte la décision. Cette victoire met fin à la présence anglaise en France — à l’exception de Calais qui restera un isolat jusqu’en 1558.

Ces succès consacrent l’œuvre d’Arthur de Richemont : le royaume sort de la guerre unifié, doté d’une armée moderne et disciplinée, dont le commandement relève désormais exclusivement du roi. Cette centralisation met fin au pouvoir militaire des grands seigneurs et permet d’éradiquer les écorcheurs, ces mercenaires pilleurs qui ravageaient les campagnes.

La France à la fin de la guerre de Cent Ans. Carte tirée du Muir's Historical Atlas : Medieval and Modern, Londres, 1911 (version numérisée sur l'Internet Medieval Sourcebook. Libre de droit et de publication.
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Le Crépuscule d’un Duc Souverain

IX. Le Crépuscule d’un Duc Souverain (1457–1458)

Le 22 septembre 1457, à soixante‑quatre ans, Arthur accède enfin au trône de ses ancêtres. Sacré sous les voûtes de la cathédrale de Rennes sous le nom d’Arthur III, il clarifie aussitôt sa position : « J’ai servi le royaume de France et sa couronne de tout mon pouvoir, mais maintenant je suis duc de Bretagne, et je ne connais personne au‑dessus de moi, sinon Dieu. »

Fidèle à la tradition des Montfort, il refuse l’hommage lige exigé par Charles VII et ne rend qu’un hommage simple, debout, l’épée au côté. Servir le roi avait été pour lui un devoir de charge ; protéger l’autonomie du duché demeurait un devoir de sang. Cette résolution culmine en mai 1458, lors du procès pour trahison de son neveu, le duc d’Alençon. Convoqué comme pair de France, Richemont rappelle d’abord au roi que « la Bretagne n’est pas une pairie » et refuse de siéger. S’il finit par se rendre à Vendôme, c’est en souverain breton : il refuse de prendre part au vote, mais intercède après le verdict. Grâce à son influence, la peine de mort est commuée en prison perpétuelle, en mémoire des services militaires du condamné. Alençon sera finalement libéré en 1461, à l’avènement de Louis XI.

Arthur III s’éteint à Nantes le 26 décembre 1458, laissant la couronne à son neveu François II, n’ayant pas eu d’héritier malgré trois mariages. Avec lui disparaît l’un des grands architectes de la victoire française, celui qui a mené à son terme l’œuvre commencée par Jeanne d’Arc en boutant les Anglais hors de France.

Pourtant, si le XIXᵉ siècle centralisateur a préféré occulter ce héros issu d’un particularisme géographique au profit de figures plus consensuelles — des hommes et des femmes qui ont servi un roi plutôt qu’un royaume — il est temps de rendre à Richemont sa juste place. Au‑delà de son art de la guerre, son succès fut celui d’une synergie : l’élan de Jeanne d’Arc, la stratégie de Yolande d’Aragon, l’influence d’Agnès Sorel, les réformes financières de Jacques Cœur, la modernisation de l’État.

Ainsi Arthur III restera l’homme des paradoxes : bras armé de la France et cœur battant de la Bretagne. En libérant le royaume, il a protégé l’intégrité de son duché ; en refusant de s’agenouiller au soir de sa vie, il a rappelé qu’aucune fidélité ne pouvait effacer la souveraineté de sa terre natale.

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Les fils de Jean V
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à suivre....
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