À la suite du siège infructueux de Josselin en 1393, et probablement grâce à l’intervention de Jeanne de Navarre, Jean IV de Bretagne et Olivier V de Clisson se réconcilient officiellement. Vieillissant et affaibli, le duc cherche à apaiser les tensions qui ont marqué son règne afin de préparer la transmission du pouvoir à son fils, Jean V.
Entre 1395 et 1396, il sollicite la paix auprès de Clisson et, en signe de bonne foi, envoie son fils aîné en gage dans l’attente de la signature d’un traité. Clisson, sincèrement touché, accepte la réconciliation. Les deux anciens rivaux se retrouvent au château de Rieux, dans le Morbihan, et signent le traité d’Aucfer. Clisson ramène lui-même le jeune Jean V à Vannes, scellant ainsi la paix.
Dans la foulée, le duc Jean IV s’emploie à chasser les Anglais des dernières places fortes, achevant cette reconquête en 1395 par le rachat de Brest qu’il n’a pu reprendre par les armes.
Une régence stabilisatrice
Jean IV s’éteint le 1er novembre 1399. Deux jours plus tard, le 3 novembre, il est inhumé dans la cathédrale de Nantes, nécropole des ducs de Bretagne.
Jeanne de Navarre assure la régence du duché pour son fils encore mineur. Elle gouverne avec prudence et fermeté, réconciliant les grandes familles bretonnes et maintenant l’équilibre entre les influences française et anglaise. Sa régence garantit la stabilité du duché et la continuité du pouvoir des Montfort.
Olivier V de Clisson, choisi par Jean IV comme tuteur de son fils, joue un rôle essentiel dans la transition et la stabilité du duché.
Le dernier chapitre
Désormais, Clisson aspire à la paix. Retiré dans son château de Josselin, entouré de sa seconde épouse Marguerite de Rohan, il renonce à toute ambition politique. Marguerite meurt en décembre 1406. Dans ses dernières années, Clisson se consacre aux œuvres pieuses : il distribue largement aux pauvres, soutient les églises et fondations religieuses, et envoie même un pèlerin à Saint-Jacques-de-Compostelle pour prier pour son salut.
Le 23 avril 1407, Olivier V de Clisson rend son âme à Dieu.
Bretagne et Angleterre à la fin du XIVᵉ siècle
Alors que la Bretagne retrouve sa stabilité sous Jean IV, l’Angleterre s’enfonce dans la tourmente. Richard II, héritier du Prince Noir et petit-fils d’Édouard III, règne en despote.
En 1398, il bannit son cousin Henri de Lancastre à la suite d’un conflit avec le duc de Norfolk. L’année suivante, il commet l’erreur décisive : à la mort de Jean de Gand, père d’Henri, il confisque l’immense héritage des Lancastre. Ce geste transforme une querelle privée en révolte générale. Les barons, alarmés par cette injustice, se rallient à Henri.
Profitant de l’absence du roi parti en Irlande, Henri revient d’exil en 1399. Son retour galvanise l’aristocratie anglaise : Richard, isolé et sans appui, est capturé puis contraint d’abdiquer. Henri est proclamé roi sous le nom d’Henri IV, inaugurant la dynastie des Lancastre.
Durant ses années d’exil, Henri avait trouvé refuge en Bretagne, où il rencontre Jeanne de Navarre, sa cousine. Des liens d’amitié et d’estime se nouent entre eux.
En 1402, Jeanne accepte de l’épouser, après l’obtention d’une dispense papale pour consanguinité au 3ᵉ degré. Leur mariage est célébré en février 1403 à la cathédrale de Westminster.
La fin d’un règne, la mémoire d’un duc
La fin de la régence
La duchesse Jeanne de Navarre, devenue reine d’Angleterre, doit désormais renoncer à exercer la régence, les barons bretons refusant que les héritiers soient emmenés outre-Manche. Jeanne confie le gouvernement du duché à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et grand-oncle du jeune prince, tandis qu’Olivier V de Clisson demeure son tuteur.
Ce choix est perçu par les Bretons comme une solution de compromis honorable. Les barons acceptèrent son autorité avec pragmatisme, tout en restant vigilants face au risque d’une trop grande influence française. Philippe fut ainsi considéré comme un régent extérieur mais protecteur, dont l’action brève et mesurée assura la stabilité du pouvoir jusqu’à la majorité de Jean V en 1404.
Le tombeau de Jean IV
La réalisation de son tombeau, en albâtre, fut commandée par sa veuve Jeanne de Navarre après son remariage avec Henri IV d’Angleterre. Les tensions politiques et militaires entre la Bretagne et l’Angleterre retardèrent l’achèvement du monument, notamment les raids bretons contre Jersey, Guernesey et Plymouth en 1403. Ce n’est qu’en 1408, soit neuf ans après la mort du duc, que le tombeau fut enfin installé dans la cathédrale.
À ce jour, il ne reste rien du tombeau de Jean IV.
Cet ouvrage associait un marbre blanc à un marbre noir. Le contraste faisait ressortir la statue et magnifiait la mémoire du duc.