Cercle Celtique de Rambouill

6 : L’apogée politique et la naissance d’une nation

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Une innovation durable et symbolique

Une innovation durable et symbolique

Au XIVᵉ siècle, les actes officiels étaient validés par le sceau, sans signature manuscrite. Jean IV de Bretagne innove en introduisant la signature : d’abord sur certains actes diplomatiques, puis, après le traité de Guérande (1381), sur des documents administratifs. Inspirée des rois de France, cette pratique ne remplace pas le sceau mais renforce l’engagement personnel du duc. Elle traduit sa volonté de consolider son autorité et son image de souverain reconnu, notamment dans le contexte de son retour en force après Guérande.

Acte du 30 novembre 1368 – archives départementales d’Ille et Vilaine 18H2
Acte du 22 janvier 1394 archives départementales de Loire Atlantique E166-n°23

La chancellerie bretonne

Sous Jean IV, la chancellerie bretonne se structure pour affirmer l’autorité ducale. Les actes sont rédigés par des scribes, vérifiés par les secrétaires, signés par le duc lui‑même puis scellés, traduisant une volonté claire de formaliser le pouvoir. L’innovation majeure réside dans le recrutement : Jean IV privilégie des hommes issus du milieu laïc plutôt que des clercs, ouvrant la voie à une nouvelle élite bretonne, stable et rémunérée. Ainsi, la chancellerie devient à la fois un instrument d’efficacité administrative et un levier d’ascension sociale, marquant une étape clé dans l’histoire institutionnelle du duché.

Les convois bretons : protéger le commerce maritime au Moyen Âge

Un contexte d’insécurité

À la fin du XIVᵉ siècle, la Bretagne est une puissance maritime dont l’économie repose sur le commerce du vin, du sel, des toiles et du poisson. Mais la mer est dangereuse : pirates, corsaires et ennemis de la guerre de Cent Ans menacent les routes commerciales. Pour répondre à cette insécurité, le duché de Bretagne met en place en 1372 un système inédit : les convois bretons.

Fonctionnement et objectifs

Les convois bretons reposaient sur une organisation collective et centralisée. Tous les navires marchands étaient tenus de se regrouper pour partir ensemble à des dates fixées, ce qui permettait de mutualiser les risques et de renforcer la discipline. Ces traversées étaient escortées par des navires armés, financés grâce à une taxe prélevée sur les marchandises transportées. En plaçant ce dispositif sous son autorité directe, le duc de Bretagne garantissait non seulement la sécurité des cargaisons, mais aussi la continuité des échanges vitaux pour l’économie du duché. Ce système visait donc à protéger les navires contre les attaques, à maintenir la prospérité commerciale malgré les guerres, et à affirmer le pouvoir ducal en contrôlant la fiscalité et l’organisation maritime.

L’idéologie ducale et la naissance de l’État breton

Selon l’historien Jean Kerhervé, la construction de l’État breton à la fin du XIVᵉ siècle repose sur une idéologie destinée à conforter le pouvoir ducal tout en nourrissant l’émergence d’un sentiment national.

Pour affirmer sa légitimité, le duc s’appuie sur un appareil administratif en plein essor — chancellerie, chambre des comptes, conseil ducal — mais aussi sur une propagande politique et historiographique soigneusement orchestrée.

Les chroniqueurs contemporains, tels Saint-André ou Pierre Le Baud, participent activement à cette œuvre de légitimation. Saint-André rappelle ainsi que « en Bretagne, il y eut autrefois des rois, maintenant duc, qui a droits, comme le roi, ni plus ni moins ». Cette continuité symbolique établit le duc comme héritier d’une souveraineté ancienne, équivalente à celle du roi de France.

Sous leur plume, les ducs autrefois contestés deviennent des princes magnanimes et justes, élus par Dieu lors de « l’arbitrage divin d’Auray ». L’historiographie ducale désignent les traîtres — notamment Bertrand Du Guesclin, accusé d’avoir sacrifié les intérêts bretons à ceux du roi de France — et célèbre le duc comme rassembleur du peuple breton, protecteur d’une nation menacée.





Cérémonies, mémoire et identité

Les cérémonies ducales prennent une ampleur nouvelle : sacres, funérailles et entrées solennelles deviennent de vastes spectacles politiques destinés à frapper les esprits. Cortèges fastueux, distributions de nourriture, fontaines à vin et processions religieuses exaltent la grandeur du pouvoir. Le couronnement de Jean V à Rennes, d’une magnificence exceptionnelle, s’inscrit pleinement dans cette logique.

Les chroniques bretonnes, de plus en plus nombreuses à la fin du XIVᵉ siècle, ne se contentent pas de relater les faits : elles construisent une identité collective. Elles rappellent que l’histoire et la géographie ont fait des Bretons une nation à part entière, et que le duc, en tant que « chef de notre nation », incarne la continuité entre le passé et l’avenir.

Le clergé est également mobilisé pour propager la bonne parole du duc. Soucieux d’orienter le discours religieux, les ducs veillent au choix des évêques et soutiennent les églises locales par de généreuses aumônes. Ces dons, distribués jusque dans les plus petits sanctuaires, rétribuent prières et offices célébrés en l’honneur de la dynastie.

Sous l’impulsion de Jean IV, soutenu par Jeanne de Navarre, la fidélité au duc s’est muée en amour du pays. Une conscience nationale est née.

L’épopée de Jean IV s’achève… le règne de Jean V s’ouvre, sous le signe des tempêtes à venir. Le récit continue…

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